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Avec Détox la Terre, l’écologie intégrale s’invite dans le carême

Com­ment vivre un carême ancré dans les réa­li­tés de notre époque ? Depuis quelques années, le par­cours Détox la Terre pro­pose aux fidèles de revi­si­ter la pra­tique du jeûne à tra­vers le prisme de l’écologie inté­grale. Loin des simples pri­va­tions ali­men­taires, l’initiative invite à un jeûne de consom­ma­tion pour faire de la place au don, à la créa­tion et à l’autre.

Passer de la privation à la libération

Le jeûne a sou­vent été per­çu comme une démarche puni­tive ou un simple mar­chan­dage spi­ri­tuel. Pour Hubert, membre de l’équipe pas­to­rale de l’UP de la Woluwe et par­ti­ci­pant au par­cours, l’approche de Détox la Terre change radi­ca­le­ment la donne en pro­po­sant une dyna­mique fon­da­men­ta­le­ment posi­tive : on né se prive pas pour souf­frir, mais pour se libé­rer.

Très sen­sible à la ques­tion du jeûne numé­rique, Hubert a fait le choix de repen­ser ses tra­jets quo­ti­diens. « Avant, je pre­nais le tram […] et je me disais que j’allais répondre à mes mails. J’étais tout le temps sur mon télé­phone », confie-t-il. Aujourd’hui, son appa­reil reste dans son sac. Ce temps libé­ré lui per­met de renouer avec la contem­pla­tion, d’observer la nature rési­liente en ville ou sim­ple­ment de prê­ter atten­tion aux autres pas­sa­gers.

Un constat par­ta­gé par Yves, éga­le­ment membre de l’équipe pas­to­rale de la Woluwe, qui s’efforce de cou­per ses écrans le soir. « C’est tel­le­ment facile d’appuyer sur le bou­ton et de regar­der un film », admet-il avec humi­li­té. Pour lui, le jeûne de notre époque consiste à renon­cer à des habi­tudes par­fois égoïstes pour déga­ger plus d’espace, rem­pla­cer la pas­si­vi­té par la lec­ture ou l’attention aux autres.

Le climat, une question de justice sociale

La conver­sion éco­lo­gique pos­sède une dimen­sion struc­tu­relle et sociale. C’est ce qui a ani­mé des soi­rées orga­ni­sées par le réseau Magis Bruxelles, dont l’une d’elles se cen­trait autour du thème du don et de la jus­tice sociale.

Lors de cette ren­contre, une lumière a été mise sur une réa­li­té sou­vent élu­dée. La res­pon­sa­bi­li­té cli­ma­tique est inti­me­ment liée aux inéga­li­tés éco­no­miques. Les don­nées abor­dées lors du vision­nage d’une vidéo réa­li­sée par la RTBF sont élo­quentes : en Bel­gique, les 5 % les plus riches émettent en moyenne 54 tonnes de CO2 par an, soit 12 fois plus que les 5 % les plus pauvres, dont l’empreinte se limite à 4 tonnes. Paral­lè­le­ment, les 10 % des ménages belges les plus riches détiennent 56 % du patri­moine total.

Ces chiffres illus­trent ce que le pape Fran­çois nomme l’écologie inté­grale. Le cri de la terre et le cri des pauvres sont un seul et même cri. Les popu­la­tions les plus pré­ca­ri­sées, qui pol­luent le moins, sont en effet les pre­mières vic­times des dérè­gle­ments.

Dans ce contexte, la tra­di­tion du Carême prend son sens car il s’agit de dis­cer­ner le néces­saire du super­flu pour agir avec plus de jus­tice.

Des actions concrètes au cœur des paroisses

Sur le ter­rain, cette prise de conscience se tra­duit par des actes prag­ma­tiques. À Woluwe-Saint-Pierre, la dyna­mique Détox la Terre s’est cou­plée à la créa­tion d’une pla­te­forme « Paroisses Vertes ». Yves et son équipe s’attaquent aux défis éco­lo­giques de leur com­mu­nau­té.

Le chan­tier est vaste : réduc­tion dras­tique des impres­sions papier, uti­li­sa­tion de pro­duits d’entretien à faible empreinte, et ins­tal­la­tion de nichoirs pour les mar­ti­nets dans la tour de l’église. La ques­tion de l’énergie reste le point le plus com­plexe, notam­ment le chauf­fage des grands édi­fices reli­gieux.

De son côté, Hubert a consi­dé­ra­ble­ment réduit son empreinte car­bone en adap­tant son ali­men­ta­tion (la dimi­nu­tion de la viande rouge et des pro­duits impor­tés fai­sant pas­ser son bilan de 5 à 1 tonne de CO2) et en optant pour la voi­ture par­ta­gée.

L’Église de Belgique à l’heure de la transition ?

Mal­gré ces belles ini­tia­tives, la récep­tion de l’écologie inté­grale au sein de l’Église belge semble encore frag­men­tée. Hubert regrette que ces actions relèvent sou­vent d’îlots de fidèles déjà sen­si­bi­li­sés. Dans un monde mar­qué par les crises finan­cières et les conflits, il n’est pas tou­jours aisé de prê­cher le soin de la créa­tion.

Pour­tant, que ce soit par l’action col­lec­tive des jeunes de Magis, l’engagement parois­sial à la Woluwe ou les choix per­son­nels de fidèles en quête de sens, le par­cours Détox la Terre démontre qu’une autre voie est pos­sible. Une voie où se pri­ver de l’inutile per­met, fina­le­ment, de s’enrichir de l’essentiel.

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