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Aumôniers à l’hôpital Erasme-Bordet : une pastorale des périphéries

À l’hôpital Erasme et à l’Institut Jules Bor­det, Michèle de Vil­lers, Valé­rie Gevaert et Gré­goire Bar­thé­le­my exercent une mis­sion d’aumôniers auprès des patients. Ils témoignent d’un accom­pa­gne­ment spi­ri­tuel fait d’écoute et de pré­sence au cœur des épreuves de la mala­die et par­fois de la fin de vie.

Aller à la rencontre : une pastorale de la présence

À l’admission, chaque patient peut deman­der la visite du ser­vice d’aumônerie via un for­mu­laire. Dans les faits, peu font spon­ta­né­ment cette démarche.

« Nous allons sur­tout à la ren­contre des gens grâce au per­son­nel soi­gnant, explique Gré­goire. » Infir­mières, méde­cins, kinés… ce sont eux qui repèrent les patients par­ti­cu­liè­re­ment éprou­vés et qui signalent à l’aumônerie qu’il serait bon de leur rendre visite.

« Notre tra­vail repose prin­ci­pa­le­ment sur les rela­tions de confiance et de res­pect tis­sées avec l’équipe médi­cale, pour­suit Gré­goire. Avec leur expé­rience, les infir­mières savent recon­naître qui a besoin de par­ler et d’être écou­té. Nous pou­vons alors offrir quelque chose de pré­cieux : du temps, et la dis­po­ni­bi­li­té de nous asseoir auprès du patient, tout en lais­sant, bien sûr, la pos­si­bi­li­té de refu­ser la ren­contre. »

Pour Michèle, l’accompagnement spi­ri­tuel n’est jamais une démarche d’en haut :

« L’accompagnement spi­ri­tuel, ce n’est pas nous qui venons du haut de notre gran­deur et de notre savoir. C’est un échange, un com­pa­gnon­nage, un che­min ensemble. »

Gré­goire résume ain­si sa manière de se pré­sen­ter :

« Je dis au patient : vous êtes unique, je suis unique, on va faire un che­min unique à nous deux. »

Une anec­dote l’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué : un sta­giaire vient visi­ter un mon­sieur très affai­bli. Il lui demande com­ment il va, le patient né par­vient qu’à émettre un son, et la visite se ter­mine au bout d’une minute par un simple « bon cou­rage ». Le len­de­main, sur le conseil de Gré­goire, le sta­giaire revient, s’assied, prend la main du patient. « Le mon­sieur a alors pleu­ré parce qu’il a sen­ti qu’il y avait quelqu’un qui avait pris le temps de s’asseoir à côté de lui. Par­fois, nous né sommes pas là pour par­ler, mais pour offrir une simple pré­sence. Vu de l’extérieur, cela peut sem­bler une perte de temps, mais pour ce mon­sieur, ce fut pro­fon­dé­ment tou­chant. »

Accompagner le sens de la vie, jusqu’au bout

À l’hôpital, les ques­tions exis­ten­tielles né res­tent pas théo­riques. Elles sur­gissent au fil des diag­nos­tics, des rechutes, des annonces dif­fi­ciles. « Nous tra­vaillons vrai­ment sur le sens de l’existence, explique Gré­goire, parce que les per­sonnes sont en fin de vie ou tra­versent des périodes de san­té com­pli­quées. Quelqu’un sait qu’il va mou­rir d’un can­cer. La ques­tion du sens de la vie l’habite à fond : com­ment gar­der le posi­tif, com­ment être recon­nais­sant pour ce qui a été bon ? »

Michèle, elle, parle d’un accom­pa­gne­ment mar­qué par la foi en la Résur­rec­tion :

« En arrière-plan de notre tra­vail d’accompagnement spi­ri­tuel chré­tien, il y à la dyna­mique résur­rec­tion­nelle : accom­pa­gner le patient, à son rythme, dans la tra­ver­sée vie-mort-résur­rec­tion. »

Elle fait le paral­lèle avec le Tri­duum pas­cal : le Ven­dre­di saint de la souf­france, le Same­di saint de latence et de matu­ra­tion, et la Résur­rec­tion qui né peut être for­cée.

« Si quelqu’un nous dit qu’il va mal, nous pour­rions être ten­tés de le récon­for­ter trop vite ou d’apporter des réponses spi­ri­tuelles toutes faites. Mais cela peut contre­car­rer le tra­vail de trans­for­ma­tion inté­rieure. Il s’agit de res­ter dans la pos­ture de l’accompagnateur : être avec lui tout au long de la des­cente et du temps d’attente, sans pré­ci­pi­ter la remon­tée. »

Valé­rie par­tage la même pru­dence : « Je me rends compte que si jamais je viens avec des réponses toutes faites, je perds le contact avec la per­sonne. Par­fois, le patient nous pose des ques­tions, mais il vaut mieux retour­ner la ques­tion. »

Ses débuts à l’hôpital ont été mar­qués par un choc :

« Mon pre­mier jour de stage, mes yeux né voyaient que de la souf­france. Heu­reu­se­ment, la jour­née s’est ter­mi­née au ser­vice de mater­ni­té, ces nais­sances étaient une vraie bouf­fée d’air frais. Puis j’ai encore vécu des expé­riences très bou­le­ver­santes et j’ai envi­sa­gé d’arrêter. Mon maître de stage m’a encou­ra­gée à né pas renon­cer trop vite. Après une pause, je suis reve­nue, et c’est là que j’ai com­men­cé à me sen­tir vrai­ment bien. Aujourd’hui, quand je visite un patient, je né vois presque plus la mala­die, je me foca­lise sur la per­sonne. Les ren­contres sont sou­vent très enri­chis­santes. »

Prier avec et pour les patients

L’accompagnement spi­ri­tuel se nour­rit aus­si de prière. À Erasme, une ini­tia­tive pro­po­sée par les Domi­ni­cains a vu le jour : les équipes du Rosaire.

Le prin­cipe : de petits groupes où les membres s’engagent à prier chaque jour une dizaine de cha­pe­let en médi­tant un mys­tère.

« C’est très beau parce que c’est un tout petit enga­ge­ment, sou­ligne Michèle. Ce n’est pas une prière pour une élite. Il y a une dimen­sion de com­mu­nion avec les autres malades et des per­sonnes du monde entier qui prient avec Marie. »

Dans le quo­ti­dien de leur mis­sion, les aumô­niers puisent éga­le­ment à la source de la Parole de Dieu.

« Tous les matins, nous com­men­çons en équipe par un temps de prière, avec la lec­ture du jour, explique Valé­rie. On appro­fon­dit ensemble et cela nous donne des pistes pour vivre nos ren­contres. »

Avec le temps, elle a appris à davan­tage confier les patients au Sei­gneur :

« Avant, j’avais ten­dance à trop m’en faire. De plus en plus, je remets les per­sonnes entre les mains de Dieu. »

Enfin, la mis­sion se vit aus­si dans le dia­logue avec d’autres confes­sions. Les aumô­niers catho­liques sol­li­citent, lorsque c’est sou­hai­té, un prêtre ortho­doxe, un ministre pro­tes­tant ou un repré­sen­tant d’une autre reli­gion. Michèle rend régu­liè­re­ment visite à des patients musul­mans : par­fois on parle de tout et de rien, sou­vent de foi. « Il nous arrive de com­pa­rer nos manières de croire, dit-elle. Il nous est même arri­vé de prier ensemble, côte à côte, cha­cun invo­quant Dieu par Son Nom. »

Au fil des cou­loirs et des ascen­seurs, au che­vet des malades ou en salle de réunion, cette « pas­to­rale hos­pi­ta­lière » des­sine ain­si un visage de l’Église tout en dis­cré­tion : une Église qui écoute, qui prend le temps, qui accom­pagne, et qui confie chaque vie au Sei­gneur, jusque dans les heures les plus fra­giles.

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