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Du Salvador à Bruxelles, le chemin de foi de José Alcides

Ren­contre avec José Alcides, ori­gi­naire du Sal­va­dor, en Amé­rique cen­trale. José vit sa voca­tion en Bel­gique, où il a étu­dié au sémi­naire mis­sion­naire Redemp­to­ris Mater de Malines-Bruxelles. Ordon­né diacre le 2 mars, son témoi­gnage est une invi­ta­tion à la décou­verte d’un che­mi­ne­ment façon­né par la récon­ci­lia­tion, l’appel et le ser­vice.

Issu d’une famille nom­breuse du Sal­va­dor, José a appris très jeune la valeur du tra­vail. Ses parents, membres du Che­min Néo­ca­té­chu­mé­nal, ont joué un rôle essen­tiel dans son éveil spi­ri­tuel. « À l’adolescence, j’ai rejoint une de ces com­mu­nau­tés et cela m’a beau­coup aidé à accep­ter les souf­frances de mon his­toire », confie-t-il.

Après un temps de dis­cer­ne­ment, cet appel à deve­nir prêtre s’est concré­ti­sé par un envoi en Bel­gique en 2014. José a inté­gré le sémi­naire mis­sion­naire Redemp­to­ris Mater. Son par­cours a com­men­cé par une année pro­pé­deu­tique dédiée à l’apprentissage du fran­çais, langue indis­pen­sable pour ses études et son futur minis­tère en Bel­gique.

Aujourd’hui en stage au sein de l’Unité Pas­to­rale de la Woluwe, son expé­rience est mar­quée par une pro­fonde huma­ni­té. Il se sou­vient notam­ment avec émo­tion d’une expé­rience en 2018 à Lourdes, où il a accom­pa­gné un groupe de per­sonnes atteintes de troubles men­taux. « C’était une mis­sion exi­geante, mais tel­le­ment enri­chis­sante. À la fin de la jour­née, j’étais épui­sé, mais heu­reux. Avec ces per­sonnes, tu te donnes entiè­re­ment, sans tou­jours attendre de remer­cie­ment. Par­fois, elles te recon­naissent, puis, quinze minutes plus tard, elles t’ont déjà oublié. Mais ce sont des moments où l’on com­prend vrai­ment le sens de la parole de saint Paul : ‘Réjouis­sez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleu­rez avec ceux qui pleurent.’ »

Cette capa­ci­té à se rendre proche de ceux qui sont dif­fé­rents, José la met éga­le­ment en lumière lorsqu’il évoque sa vie au Sal­va­dor. Il se sou­vient des récits de son grand-père, un homme qui rêvait de retour­ner au vil­lage qu’il avait dû quit­ter à cause de la guerre. « Mes frères et cou­sins n’aimaient pas l’écouter racon­ter tou­jours les mêmes his­toires, mais moi, j’aimais bien. Par­fois, je lui disais : ‘Vous avez oublié un pas­sage !’ Alors il reve­nait en arrière et repre­nait son récit. Avec cette expé­rience, j’ai appris à écou­ter les per­sonnes âgées ».

Un parcours d’épreuves et de grâce

Le che­min de José n’a pas été exempt d’épreuves. À l’âge de 9 ans, il a été tou­ché par un can­cer, une expé­rience dou­lou­reuse qui l’a trans­for­mé pro­fon­dé­ment. « J’ai beau­coup souf­fert du har­cè­le­ment à l’école. Pour évi­ter que mes cama­rades d’école viennent m’embêter, j’ai créé un mur vis-à-vis des autres. », confie-t-il. Cette épreuve a for­gé son carac­tère, le ren­dant plus soli­taire et méfiant. Cepen­dant, elle a aus­si été l’occasion d’une ren­contre pro­fonde avec Dieu. « Je suis entré à la com­mu­nau­té à l’âge de 15 ans, et j’y ai reçu à l’âge de 18 ans un appel à deve­nir prêtre », explique José. Mal­gré ses réti­cences ini­tiales, l’appel s’est fait de plus en plus pres­sant, le condui­sant fina­le­ment à prendre la voie vers le sacer­doce.

L’entrée au sémi­naire a été une étape impor­tante dans son che­mi­ne­ment. « J’ai beau­coup appris au sémi­naire. J’ai com­pris que je n’étais pas une vic­time », témoigne-t-il. Cette prise de conscience a été libé­ra­trice, lui per­met­tant de s’ouvrir aux autres et de nouer des rela­tions sin­cères. « Une rela­tion sin­cère, c’est une rela­tion dans laquelle on se raconte des choses impor­tantes, non seule­ment des blagues nulles pour pas­ser le temps », affirme José.

Son par­cours au sémi­naire a éga­le­ment été éprou­vé par des épreuves fami­liales. Le décès de son père, les menaces de mort qui ont contraint sa famille à fuir leur vil­lage, l’agression vio­lente de son frère poli­cier… Autant d’événements dou­lou­reux qui ont mis sa foi à l’épreuve. « Je me suis posé la ques­tion de dire : Sei­gneur, veux-tu que je retourne au sémi­naire mal­gré la situa­tion de ma famille ? », confie José. Mais dans ces moments de doute, il a trou­vé la force de per­sé­vé­rer, convain­cu que Dieu né l’abandonnerait pas. « J’ai vu la fidé­li­té de Dieu dans ma vie. J’ai aus­si com­pris que c’est le Sei­gneur qui sauve. Je n’allais pas sau­ver ma famille. Je n’allais pas leur enle­ver la souf­france » explique-t-il.

Témoigner de la joie de l’Évangile

Aujourd’hui diacre, José est plei­ne­ment enga­gé dans sa mis­sion pas­to­rale. Il accom­pagne les malades, assure le caté­chisme avec une équipe de parois­siens, dont le père Guy.

José a éga­le­ment eu l’occasion de vivre des expé­riences mis­sion­naires mar­quantes, notam­ment lors de périodes d’itinérance où il par­tait avec d’autres frères du Che­min. Sans argent, sans savoir où dor­mir. Ces expé­riences l’ont confron­té à la réa­li­té de la pau­vre­té et de la pré­ca­ri­té, mais elles lui ont aus­si per­mis de témoi­gner de la joie de l’Évangile de manière authen­tique.

Il se sou­vient notam­ment d’une ren­contre avec un groupe de sans-abri en France. « La cheffe du groupe, une femme, nous écoute. À ce moment-là, nous n’avions pris ni le petit déjeu­ner ni le dîner. J’explique notre démarche : ‘Nous sommes ici pour vous par­ler de Dieu. Nous sommes arri­vés sans rien, sans savoir où dor­mir, sans man­ger, sans argent.’ Elle nous regarde et dit : ‘Vous n’avez pas encore man­gé ?’ Puis elle prend un mor­ceau de pain qui était par terre, avec un mor­ceau de jam­bon, et nous l’offre », raconte José. Cette scène, d’une grande sim­pli­ci­té, a pro­fon­dé­ment mar­qué José. « J’ai man­gé ce pain sans aucune hési­ta­tion. Pour­tant, quand j’y repense main­te­nant… Les mains de madame étaient pleines de terre, elle l’avait ramas­sé avec ses mains sales et elle nous l’avait don­né à man­ger. Et moi, je l’ai man­gé sans dégoût, dans une paix totale. Je me suis dit, après coup : ‘Ça né vient pas de moi.’ »

Cette expé­rience lui a per­mis de com­prendre que l’évangélisation né pas­sé pas néces­sai­re­ment par de grands dis­cours, mais sur­tout par le témoi­gnage de sa propre vie et la capa­ci­té à se rendre proche des autres. « Ce n’est pas nous qui conver­tis­sons, mais Dieu qui appelle cha­cun. Il se fait entendre de celui qui veut bien l’écouter et entre dans le cœur de celui qui lui ouvre sa porte. », affirme José.

José Alcides Her­nan­dez Her­nan­dez sera ordon­né prêtre le dimanche 28 sep­tembre à 15h00 en la cathé­drale des saints Michel et Gudule par l’archevêque Luc Ter­lin­den, en même temps qu’Andrès Bus­ta­mante. Le même jour, Mgr Ter­lin­den ordon­ne­ra Hugues Lib­brecht diacre per­ma­nent.

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